Le bois mort dans la gestion forestière : représentations sociales et intérêts pour la biodiversité

Le bois mort dans la gestion forestière : représentations sociales et intérêts pour la biodiversité

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Coordinateur(s) : Christophe Bouget, CEMAGREF

Partenaire(s) : :
Ecole Supérieure d’Agriculture de Purpan
Faculté des sciences pharmaceutiques et biologiques – Labo botanique et mycologie – Lille
ONF département recherche et développement

Mots-clés : bois mort, saproxylique, biodiversité, représentations sociales, gestion forestière, indicateurs indirects de biodiversité, sociologie, écologie, champignons, coléoptères

Résumé du projet

Le bois mort est un facteur clé pour la biodiversité forestière, retenu au titre des indicateurs de gestion durable des forêts. L’objectif du projet RESINE est : • D’une part, d’améliorer les connaissances susceptibles de valider ou d’améliorer la définition des indicateurs et les pratiques de gestion forestière durable,
• D’autre part, d’évaluer les représentations sociales du bois mort par différents usagers de la forêt,
• afin de cerner les conditions d’élaboration de projets collectifs autour de la gestion des bois morts.

Une approche similaire a été conduite dans deux régions forestières, concernant 2 essences d’importance économique majeure en France : (i) la forêt de plantation de pin maritime des Landes de Gascogne et (ii) la chênaie de plaine en Forêt Domaniale de Rambouillet.

Les résultats de l’enquête sociologique témoignent d’une diversité de pratiques et de représentations en matière de gestion forestière ainsi que des divergences autour des enjeux liés aux bois morts. Les 64 enquêtés se répartissent schématiquement en six groupes (les « forestiers industriels », les « forestiers sylviculteurs », les « forestiers distants », les « forestiers environnementalistes », les « naturalistes » et les « usagers »), qui se différencient entre autres par leurs pratiques de gestion, leur niveau de connaissance et de préoccupation écologiques, leurs réseaux sociaux, leur jugement esthétique, leur perception des risques et leurs impératifs économiques.
Tout en rappelant le faible engouement moyen suscité par les enjeux de biodiversité, l’enquête sociologique met notamment en exergue : (i) le besoin de données normatives pour une rétention raisonnée de bois mort, (ii) les fortes préoccupations des gestionnaires landais vis-à-vis des risques phytosanitaires associés aux bois morts et (iii) le besoin d’une justification fonctionnelle de la rétention de bois mort dans l’écosystème. Une analyse des sinistres en forêt domaniale en 2003 et 2004 confirme que le risque de chute d’arbres ou de branches associé aux arbres morts ou sénescents est très limité et les dommages majoritairement matériels et de faible gravité.

Menée dans 2 régions (et dans 2 types de stations à Rambouillet), à plusieurs échelles (pièce de bois, peuplement et paysage), sur plusieurs taxa (Mycètes lignicoles et Coléoptères saproxyliques surtout, Chiroptères et Bryophytes corticoles secondairement), notre étude écologique livre un lot de résultats plutôt contrastés, qui souligne la difficulté de généraliser des normes sylvicoles et des indicateurs simples et universels fondés sur le bois mort.
Sur chêne et pin, les 4 facteurs décrivant les pièces de bois mort étudiées (type, strate, diamètre, décomposition) influencent significativement les assemblages saproxyliques. Toutefois, la relation entre descripteurs locaux du bois mort (volume, diversité, volumes élémentaires) et richesse locale des organismes saproxyliques est forte dans les Landes mais faible voire nulle à Rambouillet. Aucun effet significatif du volume de bois mort dans le paysage (jusqu’à 400m) n’est observé sur la biodiversité saproxylique dans les Landes.
Plusieurs résultats mettent en exergue l’importance de contextualiser une éventuelle norme de volume de bois mort en considérant des variables environnementales complémentaires. Une alternative à la gestion d’une cible de volume total de bois mort résiderait dans l’augmentation du nombre de types de bois morts dans les Landes, et plutôt dans l’augmentation du volume de certains types de bois morts déterminants pour la biodiversité à Rambouillet (chandelles et les gros bois morts au sol).
Les éventuels bénéfices fonctionnels et l’intérêt patrimonial de la conservation de bois mort dans le paysage, éléments cruciaux du dialogue entre institutions politiques, forestiers et écologues, sont discutés sur la base de nos résultats.
Parmi les moyens à mettre en œuvre pour acquérir des connaissances complémentaires, nous explicitons les intérêts et la configuration potentielle d’un réseau de gestion adaptative active du bois mort dans les forêts domaniales.

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