Gestion d’une évolution forestière majeure de l’arrière pays méditerranéen : la maturation sylvigénétique des pinèdes pionnières du Mont Ventoux

Gestion d’une évolution forestière majeure de l’arrière pays méditerranéen : la maturation sylvigénétique des pinèdes pionnières du Mont Ventoux

Coordinateur : Philippe Dreyfus (Unité de recherches forestières méditerranéennes, INRA).

Partenaires :
INRA, Unité Expérimentale Agroclim,
ONF,
IMEP.

Le processus de maturation sylvigénétique en cours à l’étage montagnard méditerranéen, dans les pinèdes artificielles du Mont-Ventoux a été analysé et caractérisé qualitativement et quantitativement au niveau des principales espèces du peuplement d’arbres (adultes et régénération) et de la diversité floristique associée.
Il s’agit d’une dynamique, qui selon les variantes, aboutit, au stade ultime : (i) soit à des mélanges (hêtre et pin en versant sud, sapin pectiné, hêtre et pin en versant nord), (ii) soit à une hêtraie pure en versant sud quand le pin ne se régénère pas (et, probablement, à une sapinière-hêtraie sans pin dans certaines situations du versant nord, non étudiées).
Bien que cette dynamique soit forte et omniprésente dans la zone d’étude, elle n’en est sans doute qu’à ses débuts. A l’heure actuelle, les peuplements qui en résultent correspondent encore à des forêts que l’on peut qualifier de « jeunes ». Sauf dans les stades les plus avancés ou dans des situations particulières (certaines conditions stationnelles, antécédent forestier ancien), la caractérisation et l’analyse de la diversité floristique fait apparaître une grande rémanence de composantes liées à des antécédents culturaux non forestiers : pelouses, cultures, pâtures, landes.  

Confrontés à — et intéressés par — cette forte dynamique de recolonisation de hêtre et du sapin, les gestionnaires seront probablement amenés à s’engager progressivement vers un nouveau partage de l’espace :
1) un domaine livré au hêtre et au sapin là où leur dynamique est la plus forte et où les pins ne pourront pas se maintenir (même quand ils se régénèrent), avec en parallèle un épanouissement d’une flore typiquement forestière ;
2) un domaine moins favorable au hêtre et au sapin, en particulier dans la partie la plus basse de la zone d’étude, où les pins ont de bonnes chances de se maintenir en mélange avec le hêtre, voire en peuplement presque pur (avec quelques essences secondaires et du hêtre en sous-bois). Cette situation est susceptible, si la sylviculture y contribue par des ouvertures régulières, de constituer des peuplements suffisamment clairs pour permettre le maintien des pins mais aussi d’une flore apparentée aux milieux ouverts, peut-être plus diverse que la flore associée aux hêtraies ou hêtraies-sapinières matures et en tous cas contribuant fortement à la biodiversité globale à l’échelle de la zone d’étude et du massif.

Un modèle de dynamique forestière a été ébauché au cours de ce projet : il intègre des informations sur les potentialités de croissance des différentes espèces protagonistes et sur la position relative des peuplements-sources. Intégré dans un outil de simulation adapté, et en lien avec le SIG de l’ONF, il pourrait notamment servir à établir des cartes du potentiel invasif du hêtre ou du sapin, et à définir une limite entre les deux domaines définis.
La frontière entre les deux domaines dépend aussi sans doute de la structure des peuplements, plus ou moins favorable au hêtre. Là encore, le modèle, qui intègre des relations entre croissance, compétition, couvert, est susceptible de fournir des éléments. Les premières simulations réalisées indiquent par exemple l’influence de la durée de rotation entre les coupes sur la progression du hêtre.
Une approche expérimentale nous paraît cependant indispensable pour acquérir des éléments complémentaires, notamment en ce qui concerne la modulation directe des proportions des espèces à l’occasion des dépressages, éclaircies, coupes de régénération ; l’influence indirecte, via les dégâts d’exploitation, est aussi à préciser (un site dédié à leur évaluation a été installé dans le cadre du projet).
Compte-tenu de l’augmentation de la fréquence des peuplements irréguliers et mélangés, il sera nécessaire d’imaginer et d’expérimenter de nouveaux modes de conduite sylvicole permettant de gérer l’équilibre entre des essences dont la dynamique de régénération et les potentialités de croissance sont différentes. Les simulations peuvent servir à sélectionner, parmi la multitude de choix possibles, un panel de modalités à expérimenter en priorité.
A l’issue de ce projet, le modèle de dynamique élaboré comporte cependant encore de trop nombreux points faibles, et les simulations prospectives réalisées ne constituent pas des points d’appui suffisamment solides pour des prises de décision qui engagent la gestion sur le long terme.
Les points à améliorer pour qu’il devienne opérationnel concernent notamment (i) l’approche fonctionnelle de la croissance sous couvert pour les différentes espèces, (ii) l’étude plus poussée de la dispersion des graines à longue distance et du lien avec l’apparition de la régénération, (iii) le degré et le mode de prise en compte de l’hétérogénéité spatiale.
Par ailleurs, compte-tenu d’une certaine inertie de la diversité floristique, il serait sans doute intéressant de compléter la caractérisation de la diversité de ces formations par une composante animale qui puisse être un indicateur plus sensible des modifications liées au processus de maturation sylvigénétique et aux interactions avec la sylviculture.

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