Incidence des pratiques agricoles passées sur la biodiversité spécifique en milieu forestier dans l’Est de la France

Incidence des pratiques agricoles passées sur la biodiversité spécifique en milieu forestier dans l’Est de la France

Coordinateurs : Etienne Dambrine et Jean-Luc Dupouey (INRA).

Partenaires :
ENGREF : J.C. Rameau,
Université de Nancy : G. Giuliato (Faculté de Géographie),
DRAC (Direction Régionale à l’Action Culturelle) : J.D. Lafitte (Service Régional d’Archéologie),
Musée Municipal de Sarrebourg : D. Eckenbrenner,
Université de Lille I : V. Vergnes (Faculté de Géographie),
Université de Paris VII : Y. Veyret (UFR Géographie et Environnement),
ONF : M.A. Willehm (Servie d’appui technique de Strasbourg),
Service Régional d’Archéologie d’Alsace : MM Letterlé et Waton,
CRPF Lorraine : A. Madesclaire.

La biodiversité forestière résulte en grande partie, pour sa composante végétale du moins, de l’histoire des usages anciens. Un des résultats majeurs de cette étude est la mise en évidence qu’il existe un cortège d’espèces végétales spécifiquement liées à la continuité de l’état boisé sur de longues périodes. Ces espèces tendent à disparaître sous l’effet de la mise en culture. À l’inverse, l’usage agricole d’un sol forestier pendant quelques centaines d’années permet l’introduction d’un riche cortège d’espèces à tendances nitrophiles. Ces arrières-effets de l’agriculture sont de très longue durée, voire irréversibles à l’échelle historique.
L’intensité et l’importance spatiale de l’impact de l’usage ancien des sols sur la biodiversité forestière ont été largement sous-estimés. Alors que nous connaissons avec précision l’ampleur des reboisements effectués depuis le XIXième siècle, les fluctuations antérieures de la surface forestière sont encore très mal connues. Nos travaux en cours ainsi que de nombreuses prospections archéologiques forestières suggèrent un très large déboisement à l’époque gallo-romaine (Ile-de-France, Chantilly, Rambouillet, Compiègne, Normandie, Brotonne, Bourbonnais, Tronçais, Vosges du Nord, Châtillonais, Plateau de Langres, Jura…). Il reste un énorme travail d’histoire et d’archéologie forestière à effectuer afin de rendre plus systématiques la connaissance et la mesure de ces impacts anciens.
Les mécanismes de maintien de cette mémoire des écosystèmes forestiers, tant au niveau des sols que de la démographie des espèces sont encore très mal connus. Quels sont les mécanismes microbiens par lesquels sont entretenus des différences de cycle d’éléments minéraux, en particulier l’azote ? Quelle est la part des phénomènes de compétition et de dispersion d’une part et de modification des niches écologiques d’autre part dans l’explication des divergences floristiques entre anciennes pratiques ?

Deux conséquences immédiates pour la gestion apparaissent :
– la valeur patrimoniale des forêts dépend de l’histoire de l’utilisation du sol. La présence de sites anciennement cultivés en forêt augmente la diversité des habitats, et donc la diversité globale de la forêt. Cette augmentation se fait cependant au profit d’espèces à tendance rudérale et au détriment d’espèces de forêts anciennes, plus rares et à mode de dispersion peu efficace. Les décisions de mise en réserve devraient donc absolument être raisonnées en fonction de ce paramètre. La seule prise en compte d’indicateurs indirects de « naturalité » de la forêt est insuffisante et la recherche des zones à préserver doit impérativement se baser sur une analyse historique précise.
– les zones anciennement cultivées sont nettement plus fertiles que les forêts anciennes. Cet avantage pourrait avec profit être valorisé lors des aménagements par des choix sylvicoles adaptés. En particulier, les zones anciennement cultivées pourraient probablement supporter des essences plus exigeantes que le seul épicéa, telles que les feuillus précieux. Des essais seraient à mettre en place rapidement afin de le montrer.

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